mardi 27 juillet 2010

Des contempteurs du corps


C’est au contempteurs du corps que je veux dire leur fait. Il ne doivent pas changer de méthode d’enseignement., mais seulement dire adieu à leur propre corps et ainsi devenir muets.

« Je suis corps et âme » ainsi parle l’enfant. Et pourquoi ne parlerait-on pas comme les enfants ?

Mais celui qui est éveillé et conscient dit : Je suis un corps tout entier et rien d’autre chose ; l’âme n’est qu’un mot pour une parcelle du corps.

Le corps est un grand système de raison, une multiplicité avec un seul sens, une guerre et une paix, un troupeau et un berger.

Instrument de ton corps, telle est ta petite raison que tu appelle esprit, mon frère, petit instrument et petit jouet de ta grande raison.

Tu dis « moi » et tu es fier de ce mot. Mais ce qui est plus grand, c’est ce à quoi tu ne veux pas croire ton corps et son grand système de raison : il ne dit pas moi mais il est moi.

Ce que les sens éprouvent, ce que reconnaît l’esprit, n’a jamais de fin en soi. Mais les sens et l’esprit voudraient te convaincre qu’ils sont la fin de toute chose : tellement il sont vains.

Les sens et l’esprit ne sont qu’instruments et jouets : derrière eux se trouve encore le soi. Le soi, lui aussi, cherche avec les yeux des sens et il écoute avec les oreilles de l’esprit.

Toujours le soi écoute et cherche : il compare, soumet, conquiert et détruit. Il règne, et domine aussi le moi.

Derrière tes sentiments et tes pensée, mon frère, se tient un maître plus puissant, un sage inconnu il s’appelle soi. Il habite ton corps, il est ton corps.

Il a plus de raison dans ton corps que dans ta meilleure sagesse. Et qui donc sait pourquoi ton corps a besoin de ta meilleure sagesse ?

[…]

Je veux dire un mots aux contempteurs du corps. Qu’ils méprisent, ce qui fait leur estime. Qu’est ce qui créa l’estime et le mépris et la valeur et la volonté ?

Le soi créateur créa, pour lui-même, l’estime et le mépris, la joie et la peine. Le corps créateur créa pour lui-même l’esprit comme un main de sa volonté.

Même dans votre folie et dans votre mépris, vous serez votre soi, vous autres contempteurs du corps. Je vous le dis : votre soi lui-même veut mourir et se détourner de la vie.

Il n’est plus capable de faire ce qu’il préfèrerait : créer au-dessus de lui-même. Voilà son désir préféré, voilà toute son ardeur.

Mais il est trop tard pour cela : ainsi votre veut disparaître, ô contempteurs du corps. Votre soi veut disparaître c’est pourquoi vous êtes devenus contempteurs du corps ! car vous ne pouvez plus créer au-dessus de vous […]. Je ne marche pas sur votre chemin, contempteurs du corps ! Vous n’êtes point pour moi des ponts vers le surhumain !

Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra I, « Des contempteurs du corps » (traduction Henri Albert, 1901)

Vous n’êtes point pour moi des ponts vers le surhumain !

Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra I, « Des contempteurs du corps » (traduction Henri Albert, 1901)

mardi 20 juillet 2010

Homo Sentimentalis



"Il faut définir l'homo Sentimentalis non pas comme une personne qui éprouve des sentiments (car nous sommes tous capables d'en éprouver ) mais comme une personne qui les a érigés en valeurs. Dès que le sentiment est considéré comme une valeur, tout le monde veut le ressentir ; et comme nous sommes fiers de nos valeurs, la tentation est grande d'exhiber nos sentiments ...
Le sentiment, par définition, surgit en nous à notre insu et souvent à notre corps défendant . Dès que nous voulons l'éprouver ( dés que nous décidons de l'éprouver) le sentiment n'est plus sentiment mais imitation du sentiment, son exhibition.Ce qu'on appelle couramment hystérie . C'est pourquoi l'homo Sentimentalis ( autrement dit celui qui a érigé le sentiment en valeur ) est en réalité identique à l'homo Hystericus .
Ce qui ne veut pas dire que l'homme qui imite un sentiment ne l'éprouve pas . L'acteur qui joue le rôle du vieux roi Lear ressent sur scène , face aux spectateurs, l'authentiquement tristesse d'un homme abandonné et trahi , mais cette tristesse s'évapore au moment même ou la représentation s'achève. C'est pourquoi l'homo Sntimentalis , aussitôt après nous avoir éblouis par ses grands sentiments , nous déconcerte par son inexplicable indifférence ."
Milan Kundera

The Papillon



I wade through a silver stream

clear and pure to reveal the insides clean.

Flanked by blades of humble green

Paying their dues of dew to the stream.

With dampened attire and spirits within

I walk to a dirty pier, lighted dim

Cluttered windows and dusty panes

Do no good to the clouds within.

With a stroke of luck, I muster strength

To push the glass with hope still tint

And peer past the pier’s pane

To breathe a wisp of sweet spring.

Far beyond the mounds of stone

A ray of sun caresses my soul

Opens my eyes to a thing so pretty

Colorful wings and a thing of beauty.

She hovers around to catch my vision

And lets me forget the darkened room

Fixes my heart to her colorful bliss

And cleans my spirit like a broom

As I stare at her bluish hue

my heart fills with joyous bloom

She ushers me to and eternal truth

On her way around some sunflower shoots

Though travel space and time asunder

The brilliant yellow sleeps under

Gruff sepals in gloomy winter

For the sun to rise and stop her slumber.

The fresh morning bloom ,now waves

and sings to her lovers gleam

On it sits, my friend from a distant land

My pretty ,little papillon.

A Friend of mine

samedi 17 juillet 2010

Vile Matière



"Les idéalistes de toutes les Écoles, aristocrates et bourgeois, théologiens et métaphysiciens, politiciens et moralistes, religieux, philosophes ou poètes — sans oublier les économistes libéraux, adorateurs effrénés de l'idéal, comme on sait —, s'offensent beaucoup lorsqu'on leur dit que l'homme, avec son intelligence magnifique, ses idées sublimes et ses aspirations infinies, n'est, aussi bien que toutes les autres choses qui existent dans le monde, rien que matière, rien qu'un produit de cette vile matière.

Nous pourrions leur répondre que la matière dont parlent les matérialistes, matière spontanément. éternellement mobile, active, productive, matière chimiquement ou organiquement déterminée, et manifestée par les propriétés ou les forces mécaniques, physiques, animales et intelligentes qui lui sont foncièrement inhérentes, que cette matière n'a rien de commun avec la vile matière des idéalistes. Cette dernière, produit de leur fausse abstraction, est effectivement un être stupide, inanimé, immobile, incapable de produire la moindre des choses, un caput mortuum,une vilaineimagination opposée à cette belle imagination qu'ils appellent Dieu, l'Être suprême vis-à-vis duquel la matière, leur matière à eux, dépouillée par eux-mêmes de tout ce qui en constitue la nature réelle, représente nécessairement le suprême Néant. Ils ont enlevé à la matière l'intelligence, la vie, toutes les qualités déterminantes, les rapports actifs ou les forces, le mouvement même, sans lequel la matière ne serait pas même pesante, ne lui laissant rien que l'impénétrabilité et l'immobilité absolue dans l'espace ; ils ont attribué toutes ces forces, propriétés et manifestations naturelles, à l'Être imaginaire créé par leur fantaisie abstractive ; puis, intervertissant les rôles, ils ont appelé ce produit de leur imagination, ce fantôme, ce Dieu qui est le Néant : "l'Être suprême" ; et, par une conséquence nécessaire, ils ont déclaré que l'Être réel, la matière, le monde, était le Néant. Après quoi ils viennent nous déclarer gravement que cette matière est incapable de rien produire, ni même de se mettre en mouvement par elle-même, et que par conséquent elle a dû être créée par leur Dieu. "
Michel Bakounine 1882

Art Dionysien



« L’art dionysien lui aussi veut nous convaincre de l’éternelle joie qui est attachée à l’existence ; seulement, nous ne devons pas chercher cette joie dans les phénomènes, mais derrière les phénomènes. Nous devons reconnaître que tout ce qui naît doit être prêt pour un douloureux déclin, nous sommes forcés de plonger notre regard dans l’horrible de l’existence individuelle — et cependant la terreur ne doit pas nous glacer : une consolation métaphysique nous arrache momentanément à l’engrenage des migrations éphémères. Nous sommes véritablement, pour de courts instants, l’essence primordiale elle-même, et nous en ressentons l’appétence et la joie effrénées à l’existence ; la lutte, la torture, l’anéantissement des phénomènes, nous apparaissent désormais comme nécessaires, en face de l’intempérante profusion d’innombrables formes de vie qui se pressent et se heurtent, en présence de la fécondité surabondante de l’universelle Volonté. L’aiguillon furieux de ces tourments vient nous blesser au moment même où nous nous sommes, en quelque sorte, identifiés à l’incommensurable joie primordiale à l’existence, où nous pressentons, dans l’extase dionysienne, l’immuabilité et l’éternité de cette joie. En dépit de la terreur et de la pitié, nous goûtons la félicité de vivre, non pas en tant qu’individus, mais en tant que la vie une, totale, confondus et absorbés dans sa joie créatrice. »

Friedrich Nietzsche, « La naissance de la tragédie », 17.

mercredi 14 juillet 2010

La voie de la facilité


Il y a toujours la voie de la facilité, quoique je répugne à l'emprunter . Je n'ai pas d'enfants, je ne regarde pas la télévision et je ne crois pas en Dieu, toutes sentes que foulent les hommes pour que la vie leur soit plus facile . Les enfants aident à différer la douloureuse tâche de se faire face à soi-même et les petites enfants y pourvoient ensuite . La télévision divertit de la harassante nécessité de bâtir des projets à partir de rien de nos existences frivoles ; en circonvenant les yeux, elle décharge l'esprit de la grande œuvre du sens. Dieu, enfin, apaise nos craintes de mammifères et l'insupportable perspective que nos plaisirs prennent fin un jour . Aussi, sans avenir ni descendance , sans pixels pour abrutir la cosmique conscience de l'absurdité de la fin de l'anticipation du vide , crois-je pouvoir dire que je n'ai pas choisi la voie de la facilité .
Muriel Barbery

samedi 10 juillet 2010

Crâne de Freud


J'ai déjà dit , en racontant ma rencontre avec lui, que le crâne de Freud ressemblait à un escargot de Bourgogne . La conséquence est évidente : si on veut manger sa pensée il faut la sortir avec une aiguille . Alors , elle sort tout entière . Sinon, elle se casse et il n' y a rien à faire , vous n'arriverez jamais au but . Aujourd'hui ou j'évoque la mort de Freud , j'ajouterai d'ailleurs que l'escargot de Bourgogne hors de sa coquille est une des choses qui ressemblent de la façon la plus paralysante à un tableau du Greco. Aussi le Greco et l'escargot de Bougogne sont-ils deux choses qui n'ont aucun gout propre . D'un simple point de vue gastronomique, ils sont moins succulent qu'une gomme à effacer .
Salvador Dali