samedi 29 mai 2010

Le baiser



« Il se pencha sur elle et posa sa bouche sur la sienne. C'était une bouche jeune, une jolie bouche aux lèvres molles joliment découpées et aux dents soigneusement brossées, tout y était à sa place, et c'est un fait qu'il avait été fortement tenté, deux mois plus tôt, de baiser ces lèvres, et qu'il avait cédé. Mais, justement parce que cette bouche l'avait séduit alors, il la percevait à travers le brouillard du désir et ne savait rien de son aspect réel : la langue ressemblait à une flamme et la salive était une liqueur enivrante. C'est seulement maintenant, après avoir perdu sa séduction, que cette bouche était soudain la bouche telle quelle, la bouche réelle, c'est-à-dire cet orifice assidu par lequel la jeune femme avait déjà absorbé des mètres cubes de knödels, de pomme de terre et de potage, les dents avaient de minces plombages, et la salive n'était plus une liqueur enivrante mais la sœur germaine des crachats. »

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